Relaxe obtenue pour Pierre-Alain

Pierre-Alain Mannoni, enseignant-chercheur au CNRS qui avait transporté des migrants dans la région de Nice, a été relaxé par la justice ce vendredi. Le procureur avait requis six mois de prison avec sursis.

« Soulagé ». C’est le mot qui lui est venu spontanément à la bouche. Pierre-Alain Mannoni a été relaxé par le tribunal correctionnel de Nice, ce vendredi 6 janvier. Le procureur avait pourtant requis six mois de prison avec sursis. Ce qu’on lui reprochait? Avoir transporté des personnes en situation illégale.

C’était le 17 octobre: il est invité chez des amis qui habitent dans la vallée de la Roya, au-dessus de Nice. Il prend la route et s’arrête en cours de chemin pour faire monter dans sa voiture des migrants, trois Érythréennes blessées aux jambes. Il décide de les convoyer à Marseille afin qu’elle s’y fassent soigner. Mais il se fait arrêter par la police. Placé en garde à vue, il sait qu’il risque cinq ans de prison et 30 000 euros d’amende. Finalement, le tribunal a estimé qu’il n’avait fait qu’aider des personnes en danger. Interview d’un homme soulagé.

Comment accueillez-vous cette relaxe?

Je me sens avant tout bien soulagé. Soulagé pour moi, mais aussi pour la cause des migrants dans un sens plus large. Cette décision a été parfaitement motivée. Et c’est ça qui est important: ce n’est pas qu’une relaxe, car il y a tout un argumentaire et une interprétation de la loi.

En fait, on m’accorde une immunité pénale parce que j’ai aidé des gens en détresse. Je ne suis pas considéré comme un passeur. Ça veut dire que dans mon cas, le transport n’est pas condamnable. J’ai uniquement transporté des gens dans le but de conserver leur dignité et les sortir d’un danger.

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Qu’est-ce que cela peut changer pour vous? Quelle leçon vous en tirez?

Déjà, avant cette décision, le procureur avait dit que les personnes que j’avais prises sur le bord de la route, c’était du secours. Pourquoi? Parce que j’ai fait monter dans ma voiture des gens qui ne pouvaient pas assurer leur dignité là où ils étaient. Mais attention, ce n’est pas une autorisation d’aider des migrants.

Non, là, on est plutôt dans l’obligation: la non-assistance à personne en danger, c’est un délit. C’est un devoir d’aider les personnes en danger. Aujourd’hui, je peux dire que je crois en la devise de la République: liberté, égalité, fraternité, car c’est une décision qui va dans ce sens-là. Il faut croire en la justice et en les valeurs de la République. La présidente du tribunal a évoqué la convention européenne des droits de l’Homme, des valeurs d’entraide. C’est très important.

La décision va-t-elle avoir un impact pour la vallée et tous ces gens qui aident les migrants?

C’est très important pour tout le monde dans la Roya. Moi, au début, j’ai pris ce procès comme une forme d’intimidation. Mais aujourd’hui, la justice a tout éclairci: en clair, il n’y a pas de raisons de poursuivre des actions qui visent à aider les réfugiés. Ce ne sont pas des gestes condamnables. Au contraire, il y a un vrai besoin de transporter des migrants pour protéger ces gens-là, leur dignité, leur intégrité physique et mentale. C’est la justice qui le dit, ça change tout. C’est une décision qui peut faire sortir de la peur beaucoup de gens dans la vallée.

Vous évoquez souvent vos enfants. Quoi leur transmettre dans toute cette histoire?

Cette décision est cohérente avec l’éducation que j’ai donnée à mes enfants, avec les droits de l’Homme et les valeurs que je veux leur inculquer pour vivre dans cette société. Ma fille de 12 ans était présente dans la voiture quand j’ai transporté des réfugiés. Ce jour-là, quand je me suis fait arrêter, ma fille m’avait demandé si j’allais aller en prison. Ça fait du mal.

Source l’Express (http://www.lexpress.fr/actualite/societe/aide-aux-migrants-mes-enfants-vont-comprendre-que-papa-n-a-pas-fait-de-betise_1866367.html)



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