La journaliste de « l’âge de faire » est sortie de garde à vue

« Ils m’ont suspectée d’avoir aidé des Érythréens »

source : http://www.lagedefaire-lejournal.fr/suspectee-davoir-aide-erythreens/

Notre collègue Lisa Giachino membre de la rédaction de L’âge de faire, a été placée en garde à vue dans la nuit du 19 au 20 janvier pour « aide aux migrants » alors qu’elle réalisait un reportage dans la vallée de la Roya, une zone frontalière avec l’Italie. Elle témoigne à sa sortie de garde à vue, qui aura duré 10 heures.

Comment ça va ?

Je suis à la gare de Menton. Ils viennent à l’instant de renvoyer pour l’Italie les jeunes Érythréens qui ont été arrêtés avec moi. A part ça, j’ai mal partout : on a marché toute la nuit sur une voie de chemin de fer !

Quelles sont les circonstances de ton arrestation ?

J’ai suivi 6 adolescents érythréens qui tentaient de rejoindre Nice depuis la vallée de la Roya. Beaucoup de migrants qui arrivent d’Italie se retrouvent coincés dans cette vallée, où tous les axes de sortie sont bouclés. Ces 6 jeunes ont voulu tenter le coup par la voie de chemin de fer. On a commencé à marcher vers 22h, jusqu’à 3 h du matin. Alors que nous marchions, une quinzaine de militaires embusqués sont soudainement sortis du noir avec des lampes en criant et en nous alignant. C’était assez impressionnant. La tension a baissé d’un ton quand ils se sont aperçus qu’ils avaient affaire à des gamins. Ils nous ont embarqués au commissariat de la police de l’air et des frontières de Menton.

Pourquoi t’ont-ils placée en garde à vue ?

Ils m’ont suspectée d’avoir aidé les Érythréens à passer la frontière. J’ai eu beau leur répéter que j’étais là pour faire un reportage dans le cadre de mon travail, ils m’ont quand même gardée 10 heures, en m’expliquant que mon travail ne justifiait pas ma présence ici ! J’ai même entendu que j’aurais dû demander une autorisation en préfecture pour faire ce type de reportage ! L’ambiance est tendue dans la vallée envers les habitants qui aident les migrants. L’un d’entre eux, Cédric Herrou (1), a été placé en garde à vue dans la nuit de mercredi à jeudi. Sa garde à vue a été prolongée 24 heures, il n’est donc toujours pas sorti, et son domicile a été perquisitionné hier. Les témoignages décrivent une perquisition menée dans des conditions violentes (2). Ce climat d’intimidation peut expliquer pourquoi ils m’ont gardée aussi longtemps.

1- Cédric Herrou a fait récemment l’objet d’un procès pour « délit de solidarité ». Voir notre article ci-dessous

2- Voir aussi l’article sur Libération : http://www.liberation.fr/france/2017/01/20/perquisition-musclee-chez-cedric-herrou-l-homme-qui-aide-les-migrants_1542821

Délit de solidarité ?

Cédric Herrou est actuellement (20 janvier à 15h) en garde à vue pour avoir aider des migrants. Cet agriculteur de la vallée de la Roya fait déjà l’objet de poursuites pour les mêmes motifs. Que dit la loi ? Dans quelle mesure peut-on être coupable d’être solidaire ?

L’article 622-1 du Ceseda, le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, prévoit une peine de cinq ans d’emprisonnement et de 30 000 euros d’amende pour «toute personne qui aura, par aide directe ou indirecte, facilité ou tenté de faciliter l’entrée, la circulation ou le séjour irréguliers d’un étranger en France». Depuis 2012, la loi a été assouplie et aucune poursuite ne peut être engagée si l’aide «n’a donné lieu à aucune contrepartie directe ou indirecte et consistait à fournir des conseils juridiques ou des prestations de restauration, d’hébergement ou de soins médicaux […] ou bien toute autre aide visant à préserver la dignité ou l’intégrité physique » de la personne aidée.

En théorie, ces conditions sont assez larges pour assurer la sérénité de la main tendue… Sauf que cela ne concerne que l’aide au séjour, et non l’aide à l’entrée et à la circulation sur le territoire français. En bref, il n’y a aucun risque à offrir le gîte et le couvert, mais transporter gratuitement un exilé est toujours passible de poursuites. C’est ce qui est arrivé fin novembre à Pierre-Alain Mannoni, un enseignant-chercheur niçois, qui avait convoyé 3 Erythréennes. Le tribunal l’a finalement relaxé au motif qu’il avait agi pour préserver la dignité et l’intégrité physique de ses passagères, jugement allant contre les réquisitions du Procureur qui avait requis 8 mois de prison avec sursis.
Le 4 janvier s’est tenu le procès de Cédric Herrou, un agriculteur de la vallée de la Roya, près de la frontière italienne, qui héberge et transporte de nombreux migrants entre l’Italie et la France.

J’ai ramassé des gamines qui ont passé douze fois la frontière. Il y a eu quatre morts sur l’autoroute. Mon inaction et mon silence me rendraient complice, je ne veux pas l’être.Cédric Herrou lors de son procès

Le Procureur a requis 8 mois de prison avec sursis, et la confiscation de sa camionnette. La décision sera rendue le 10 février. En avril, trois autres Azuréens seront également entendus par le tribunal correctionnel de Nice.FG.

Nous sommes en bouclage du numéro de février 2017. Le dossier a pour sujet : « Cette France qui accueille » 
Merci pour tous vos soutiens sur les réseaux, au téléphone, etc…



Categories: actualités, gardes à vue sans suite, médias, presse

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